Homosexualité : au Maroc, on se cache pour s'aimer droit de l'homme

Dans le royaume, les homosexuels sont tolérés... mais priés de rester discrets. Certains, pourtant, commencent à faire leur coming-out.

Trois Egyptiens condamnés à huit ans de prison pour homosexualité

Ahmed Maher, fondateur du mouvement du 6 Avril, Mohamed Adel et Ahmed Douma ont été condamnés pour avoir organisé une manifestation non-autorisée.

La justice égyptienne a confirmé, lundi 7 avril, des peines de trois ans de prison ferme contre Ahmed Maher, Mohamed Adel et Ahmed Douma, trois figures de la révolte qui a provoqué la chute de Hosni Moubarak. Ils ont été reconnu coupables d'avoir enfreint une récente loi, controversée, limitant le droit de manifester.

Les trois hommes avaient été arrêtés fin 2013 pour avoir manifesté peu avant sans avoir eu une autorisation de la police, qu'exige une loi adoptée par les autorités proches de l'armée lors de l'éviction du président islamiste Mohamed Morsi. Ahmed Seif, avocat des condamnés, a annoncé qu'ils se pourvoiraient en cassation, et qu'en cas d'échec il saisirait la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. « Rien n'indique que l'Etat est disposé à desserrer son étau », a-t-il déclaré à l'annonce de la décision.

LA CRAINTE D'UN « RETOUR » À L'ÈRE MOUBARAK

En décembre, la condamnation en première instance de ces trois militants, membres d'une coalition ayant soutenu la destitution de M. Morsi, avait suscité l'inquiétude de voir l'Egypte renouer avec l'autoritarisme. Le nouvel homme fort du pays, Abdel Fattah Al-Sissi, grand favori de l'élection présidentielle des 26 et 27 mai, a pourtant promis qu'il n'y aurait pas de « retour » à l'ère Moubarak.

Mais les militants laïques sont de plus en plus touchés par la répression de l'opposition, qui visait au départ les islamistes, dont plus de quatorze cents ont été tués, selon Amnesty International, et qui a envoyé quelque quinze mille personnes en prison. Un autre militant de gauche en vue, Alaa Abdel Fattah, est lui aussi poursuivi, après des mois de détention préventive, pour avoir manifesté sans autorisation.

QUATRE CONDAMNATIONS POUR HOMOSEXUALITÉ

Lundi encore, au Caire, trois hommes ont été condamnés à huit années de prison pour homosexualité, et un quatrième à trois ans ferme, selon des sources judiciaires.

Les quatre accusés, en détention préventive, ont été condamnés pour avoirorganisé une « fête déviante » et s'être livrés à la « débauche », car la loi n'interdit pas formellement l'homosexualité. Le parquet les accusait toutefois de « pratiques homosexuelles », assurant que l'un d'eux louait un appartement dans lequel des hommes se retrouvaient et s'habillaient en femme.

En Egypte, où l'homosexualité, souvent tue, est condamnée comme une« déviance » par l'islam comme par l'Eglise copte, la communauté homosexuelle reste discrète et les rencontres se font généralement sur les réseaux sociaux. En juin, un sondage réalisé par le centre de recherches américain Pew révélait que seuls 3 % des Egyptiens estimaient que « la société devait accepterl'homosexualité ».

Le Monde

Jean Zaganiaris: "L'obscurantisme s'oppose tant aux Lumières qu'au pluralisme des modes de vie et de pensée"

Jean Zaganiaris, sociologue et enseignant-chercheur au CERAM /EGE Rabat

En  rédigeant «Queer Maroc. Sexualités, genres et (trans)identité dans la littérature marocaine»,  l’enjeu pour le sociologue Jean Zaganiaris était  de comprendre «le plaisir sexuel», «les rapports amoureux»  et «les relations érotiques avec les autres» dans la société marocaine. Un exercice loin d’être une simple promenade pour cet enseignant-chercheur au CERAM/EGE (Rabat) dont les écrits sont souvent le fruit de longues recherches et d’investigations mûries.
Pour sont dernier ouvrage, l’auteur de «Penser l’obscurantisme aujourd’hui»  a dû explorer de fond en comble différentes œuvres littéraires marocaines abordant certains
aspects/notions que son livre restitue sans tomber dans les a priori.  
«Je suis allé assister à un certain nombre de présentations publiques d’ouvrages et j’ai pu également faire des entretiens semi-directifs avec certains auteurs. C’est à partir de ces
investigations sociologiques que j’ai voulu penser la sexualité dans la littérature marocaine et la façon dont les écrivaines et les écrivains parlent des pratiques sexuelles», confie-t-il. Résultats des courses, un ouvrage audacieux traitant avec intelligence des sujets considérés comme tabous au sein des sociétés arabes. Un travail de fourmi qui rappelle en outre «qu’il y a une présence quotidienne de la sexualité dans de nombreux romans mais aussi dans des films marocains tels que «Femme écrite» de Lahcen Zinoun, «Le jeu de l’amour» de Driss Chouika, «Zero» de Nourredine Lakhmari ou «L’amante du Rif» de Narjiss Nejjar. Jean Zaganiairis apporte un éclairage pertinent sur son ouvrage.  Entretien.
 
Libé : «Queer Maroc», votre dernier ouvrage, est présenté comme une œuvre audacieuse sur la sexualité, les genres et les (trans)identités. Qu’est-ce que le Queer ? Pourquoi s’intéresser à ces sujets et précisément à leur place dans  la littérature marocaine ? 
 
Jean Zaganiaris : L’expression anglo-saxonne «queer» signifie étrange, bizarre, curieux. C’est aussi une façon d’insulter les homosexuel(le)s et les personnes ne se soumettant pas aux assignations de genre (garçon efféminé, fille masculine). Dans les années 90, des mouvements gays, lesbiens et trans (LGBT), ainsi que des intellectuels, vont se saisir du queer et inverser la stigmatisation. Le queer n’est plus une identité  discriminée mais une position, une déconstruction des normativités identitaires, notamment hétéronormées : «I’m queer; and so what?». Certains vont dire que tout cela n’a guère de rapport avec le Maroc et qu’il s’agit de théories occidentales. J’ai voulu rompre avec ce genre de posture culturaliste et différencialiste, considérant que ce qui sépare les gens est plus important que ce qui les unit. Cela amène à parler de sociétés «occidentales» permissives, notamment au niveau de la sexualité, et de sociétés «orientales» ou «islamiques», où le sexe serait censuré et réprimé. C’est avec cette construction sociale de la réalité que j’ai voulu rompre dans mon livre, en utilisant de manière importante les travaux de Michel Foucault sur la sexualité. Selon cet auteur, le sexe n’est pas tant réprimé que contrôlé et géré par des pratiques de pouvoir. Après avoir assisté à des présentations publiques d’Abdellah Taïa parlant publiquement de son homosexualité dans certains espaces littéraires ou bien en découvrant de nombreux romans marocains où les pratiques sexuelles sont évoquées explicitement, y compris sous une forme subversive, j’ai voulu travailler sur la place de la sexualité dans la littérature marocaine. Il ne s’agit pas tant de travailler sur cela à partir d’une étude des pratiques sociales mais en me plongeant dans des productions fictionnelles décrivant la réalité. Je suis parti de l’ouvrage de Khalid Zekri, «Fictions du réel», qui est le premier à parler de queer au niveau de la littérature marocaine, et j’ai aussi pu profiter des précieuses discussions avec Christiane Rivet, Abdellah Baida, Issam Tbeur et Driss Jaydane.  
 
Vous avez autrefois consacré vos travaux à l’obscurantisme dont on retrouve  des pans entiers dans votre livre « Penser l’obscurantisme aujourd’hui ». Ne donniez-vous pas le sentiment de lever le voile sur une autre forme d’obscurantisme sur les questions que vous avez soulevées dans votre dernier ouvrage ?  
 
L’idée de mon livre «Queer Maroc» s’inscrit en effet dans la continuité de mes travaux sur l’obscurantisme. Si l’on part de l’idée que l’obscurantisme ne s’oppose pas tant aux Lumières mais au pluralisme des modes de vie et de pensée, les assignations identitaires  sont des formes obscurantistes particulièrement violentes qui s’exercent sur le corps des individus, notamment au niveau de l’orientation sexuelle ou bien des rôles de genres qu’il faut tenir au sein de la société selon que l’on soit une femme ou un homme. Toutefois, comme le rappellent Michel Foucault, Judith Butler ou Abdellah Hammoudi, à partir du moment où il y a un pouvoir qui s’exerce, il y a des formes de résistance qui se construisent.  Ce livre raconte l’histoire de ces modes de subversion face au contrôle bio-politique de la sexualité et la façon dont les discours de la littérature marocaine réinventent la tradition, en rompant avec certains discours puritains. Il y est donc également question de rendre visible la pluralité des modes de vie et de pensée.  
 
 Comment traite-t-on un sujet aussi sensible sans tomber dans les a priori ?  
 
Pour moi, il était important de ne pas parler à la place des écrivaines et des écrivains marocains. Dès lors, mon travail ne se limite pas à faire une herméneutique de leurs discours mais de les aborder également par une approche terrain. Depuis 2008, je suis allé assister à un certain nombre de présentations publiques d’ouvrages et j’ai pu également faire des entretiens semi-directifs avec certains auteurs. C’est à partir de ces investigations sociologiques que j’ai voulu penser la sexualité dans la littérature marocaine et la façon dont les écrivaines et les écrivains parlent des pratiques sexuelles. J’ai retranscrit des discours qui existent publiquement dans les espaces publics. Il y a des auteurs qui évoquent les relations sexuelles hors mariage, les pratiques homosexuelles, le changement de sexe. L’enjeu est de comprendre de quelle façon ils en parlent et quels types de savoirs ils construisent.  Après, la question des rapports entre objectivité et subjectivité est très complexe dans la recherche. Les travaux sociologiques de Lucien Goldman et de Michaël Löwy ont montré les apories des approches positivistes en sociologie, prétendant faire une science de la société en s’affranchissant des préjugés, des a priori ou de ce que Durkheim appelle « les pré-notions ». Il ne s’agit pas d’être relativiste et dire que toutes les approches se valent. Mais il faut être humble et avoir conscience qu’il s’agit de tentatives de rupture avec les pré-notions. Dès lors, c’est l’approche terrain, avec un travail théorique et pratique sur soi pour être en mesure d’expliquer et de comprendre la réalité sociale étudiée, que j’ai retenue dans ce travail.      
 
Vous vous êtes appuyé dans vos recherches sur plusieurs œuvres littéraires marocaines. Pouvez-vous nous en citer des exemples et nous dire ce qu’elles vous ont appris de concret sur ces questions ?   
 
En rédigeant ce livre, je me suis aperçu que ces œuvres littéraires insistent sur quatre grands enjeux politiques. Tout d’abord, certaines d’entre elles opèrent un renversement des rapports de domination homme/femme. La violence patriarcale n’est pas niée, comme le montrent des écrivaines telles que Noufissa Sbaï ou Souad Bahéchar, mais elle n’est pas représentée comme figée, statique, immuable. La sexualité devient dès lors une arme redoutable entre les mains des personnages féminins. L’infidélité ou bien l’excitation sexuelle qu’elles peuvent provoquer sans forcément satisfaire ensuite le partenaire masculin permettent aux femmes de mettre en œuvre certaines résistances face aux violences physiques et symboliques du patriarcat. On a cela dans «Capiteuses» de Stéphanie Gaou, «Etreintes» de Siham Bouhlal,  «La peau des fantômes» de Valérie Morales Attias ou bien dans les romans de Mamoun Lahbabi. Dans «Trois jours et le néant» de Youssef Wahboun, le personnage masculin n’est pas dans une position de dominant face aux femmes qu’ils fréquente. Celles-ci sont capables de résister aux injonctions de l’homme et ne pas donner leurs corps comme il le souhaite, notamment lorsqu’il s’agit de faire l’amour sans préservatif. Ensuite, ces discours littéraires montrent que le fait de vivre dans un pays où l’islam est religion d’Etat, n’empêche pas une partie des individus d’avoir une sexualité hors mariage sans ressentir de culpabilité ou de ressentiment. Les personnages de Laïla dans le roman de Baha Trabelsi «Une femme tout simplement» et de Thami dans «Morceaux de choix», écrit par Mohamed Nedali, incarnent ces pratiques sociales de manière emblématique. Une partie de notre corpus évoque également la force du désir homosexuel, à travers l’intensité des liaisons entre deux personnes du même sexe. On a cela dans des nouvelles de Siham Benchekroun ou de Baha Trabelsi parlant des amours lesbiennes ou bien dans les romans de Abdellah Taïa, de Rachid O ou de Mohamed Leftah pour l’homosexualité masculine. Ces amours font partie de l’espace littéraire marocain, même si peu d’auteurs soutiennent les luttes LGBT au sein des pays arabes. Enfin, certains discours montrent que les évocations de la transidentité sont loin d’être isolées dans la littérature marocaine. Les corps «androgynes», «transsexuels» ou «hermaphrodites» sont évoqués conjointement à un plaidoyer très fort en faveur des modes de vie métissés et hybrides. On a cela chez Abdelkébir Khatibi, Bouchra Boulouiz, Mohamed Leftah, Tahar Ben Jelloun ou Hicham Tahir. Et la lecture des travaux de recherche d’Arnaud Alessandrin, Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas, qui ont fait la postface de mon livre, a été très utile pour l’orientation de la troisième partie de ce livre. En rendant la sexualité publique, à travers diverses formes, les auteurs marocains donnent la parole aux gays, aux lesbiennes, aux personnes transgenres, aux femmes et aux hommes violés, aux épouses meurtries, aux amantes et aux amants passionnés, aux travailleuses du sexe, à ceux qui vivent dans la clandestinité des relations sexuelles hors mariage. Les discours écrits et oraux de certains auteurs montrent que l’on peut remettre en cause les représentations pudiques communément admises de la sexualité. Ils brouillent les frontières entre ce qu’il est possible de montrer et ce qu’il est convenu de cacher. 
 
Les auteurs que vous citez sont connus dans le milieu culturel. Pourtant, cet aspect de leurs œuvres n’a pas souvent été abordé. Avez-vous une explication ?  
 
A ce niveau, il s’agit de penser les rapports entre les écrivains, le contenu des livres et les professionnels des médias, tant au niveau des conditions sociales des productions journalistiques qu’à celui de ses usages sociaux. Comme je vous l’ai dit précédemment, hormis Taïa, très peu d’écrivains sont dans des logiques militantes. Des écrivaines telles que Bouthaina Azami “Au café des faits divers”, Siham Benchekroun “Amoureuses” ou Baha Trabelsi “Parlez-moi d’amour” ont écrit sur l’homosexualité féminine mais lorsqu’elles font la promotion de leurs romans, elles n’insistent pas sur cela. Si le journaliste ne décide pas de les questionner sur cet aspect de leurs textes, il passe complètement inaperçu au niveau du grand public. Et du coup, on ne retient pas des affaires telles que celle du dernier combat du Captain Ni’Mat, dont la diffusion n’aurait pas été possible au Maroc soi-disant à cause de son évocation des pratiques homosexuelles. Or, l’homosexualité, qu’elle soit féminine ou masculine, est présente dans un certain nombre de romans publiés et diffusés au Maroc.  On insiste beaucoup sur les exceptions qui font l’objet d’interdiction au Maroc, mais on oublie qu’il y a une présence quotidienne de la sexualité dans de nombreux romans mais aussi dans des films marocains tels que «Femme écrite» de Lahcen Zinoun, «Le jeu de l’amour» de Driss Chouika, «Zero» de Nourredine Lakhmari ou «L’amante du Rif» de Narjiss Nejjar. Pour moi, l’enjeu en rédigeant ce livre a été de comprendre «le plaisir sexuel», «les rapports amoureux», «les relations érotiques avec les autres» dans la société marocaine. Et à ce niveau, j’ai une grande dette intellectuelle à l’égard de la littérature marocaine, qui a une importance capitale pour réfléchir sur ces questions. 
 
Votre ouvrage entend restituer sans tabou les représentations plurielles de la sexualité, du genre et de l’identité dans cette littérature. Pensez-vous avoir réuni suffisamment d’éléments pour en donner une lecture instructive ?  
 
Il ne s’agit pas de dire que la sexualité est taboue dans les pays islamiques, mais de comprendre de quelle façon les pratiques de pouvoir essaient de la contrôler. La sexualité n’est plus taboue, car sa gestion fait l’objet de ce que Judith Butler appelle une performativité. On passe son temps à voir ou à entendre des choses sur la sexualité, accompagnées de propos constatant que cela doit être censuré. C’est à ce niveau qu’il y a un paradoxe qu’il ne s’agit surtout pas d’expliquer en invoquant une prétendue « schizophrénie » de la société marocaine. Mohamed Tozy a raison de dire dans ses travaux sur les pratiques sociales que les Marocains ne sont pas schizophrènes. La littérature permet de bien comprendre la dimension composite de la société marocaine et d’y resituer la sexualité, y compris hors mariage, avec des partenaires multiples ou bien entre des personnes du même sexe. Comme l’a montré Michel Foucault pour les sociétés européennes, le sexe est aussi ce dont on parle, même s’il est censuré. Dans «La volonté de savoir», il énonce cette idée : «Si le sexe est réprimé, c’est-à-dire voué à la prohibition, à l’inexistence et au mutisme, le seul fait d’en parler, et de parler de sa répression, a comme une allure de transgression délibérée». Cela semble s’appliquer également à la société marocaine.

Libe

Tunisie: dans l'oeil de nadia el fani, féministe, militante et ouvertement lesbienne

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Féministe, militante et ouvertement lesbienne, la réalisatrice de «Nos seins nos armes» critique l’hypocrisie des lois de son pays envers la communauté gay. Rencontre.

Exilée en France, ne pouvant plus retourner en Tunisie depuis 2011 suite à la réalisation du film «Laïcité Inch’Allah!», la réalisatrice, scénariste et productrice Nadia El Fani poursuit son combat pour les droits et la liberté de conscience dans son pays.

– Nadia El Fani, vous êtes aujourd’hui exilée en France, poursuivie par la justice tunisienne et menacée par les islamistes. Pourquoi?
– Parce que je dérange (rires). Jusqu’en 2010, on me connaissait comme une artiste militante, féministe, un peu contestataire, mais ça passait, même sous la dictature de Ben Ali. En 2010, j’ai tourné en plein Ramadan «Ni Allah Ni Maître!», rebaptisé par la suite «Laïcité Inch’Allah!» Un film sur une société tunisienne qui semblait justement ouverte et prête à assumer son rapport à un Islam plus tolérant.

– C’est cette liberté de conscience dans la société tunisienne que vous mettiez en lumière qui a choqué?
– Oui, parce qu’entre le tournage du film et sa sortie en 2011, la révolution et l’avènement des islamistes ont changé la donne. Le film a été attaqué en Tunisie, j’ai été rapidement menacée de mort et poursuivie en justice. Le public venu assister à l’ultime projection du film aussi.

– Que vous reproche-t-on exactement?
– J’ai été inculpée de toutes sortes de chefs d’accusation absurdes. Comme atteinte au sacré, aux bonnes mœurs, aux préceptes religieux et j’en oublie. Je suis toujours poursuivie au pénal, c’est pour cela que je ne rentre pas en Tunisie. Je préfère militer depuis ici pour la liberté dans mon pays que d’y croupir en prison. Car c’est encore ce qui me guette.

– Vos films ne parlent pas directement d’homosexualité, mais l’évoquent de manière assez claire. Pensez-vous que cela a pu ajouter à la colère islamiste?
– Peut-être. Dans mes films de fiction, mes personnages sont souvent bisexuels. Une manière de montrer cette réalité dans un autre contexte. Mais il est clair que la Tunisie d’aujourd’hui, mais d’hier aussi, n’est pas encore prête à parler ouvertement d’homosexualité. Il y a, de manière générale, une pudeur de l’intime qui perdure. Ce qui se passe dans la sphère privée n’apparaît jamais. Même un couple hétéro ne s’embrassera pas dans la rue.

– Les homos sont-ils poursuivis et enfermés comme en Egypte?
– Non, enfin oui et non. En Tunisie, la loi répressive, qui date de la colonisation d’ailleurs, a été amendée sous le régime de Burguiba. Mais elle pénalise la sodomie, pas l’homosexualité. Sous Ben Ali, il y avait une liberté de mœurs de façade. Des pratiques plus libres, qui n’étaient pas officielles, étaient tolérées. Notamment avec des étrangers.

– Hammamet était d’ailleurs un haut lieu du tourisme homosexuel. Qu’en est-il aujourd’hui?
– Je ne sais pas comment ça se passe là bas maintenant, mais il faut savoir que de manière générale dans les pays arabes, les hommes ont plus de relations homosexuelles qu’ailleurs dans le monde. Par contre il y a la notion de passif et d’actif dans ces pratiques qui est très marquée et marquante.

– Pourquoi?
– C’est à dire que celui qui est actif dans la relation sexuelle est considéré comme un homme fort, viril, capable de séduire hommes et femmes. Alors que celui qui est passif est plutôt dénigré et rejeté. Mais, de manière générale, l’homosexualité reste un sujet qu’on n’aborde pas ouvertement en Tunisie. Les femmes sont d’ailleurs très peu inquiétées. Elles peuvent sortir, même dormir ensemble sans que jamais on ne les voie comme un couple. On n’est pas menacées en Tunisie. On va nous reprocher de boire, de fumer, de sortir seules, mais jamais personne ne va nous identifier comme homosexuelles, les gens préfèrent éluder la question.

– C’est plus compliqué pour les hommes?
– Oui, avec l’avènement des islamistes, les gays ont peur. Depuis 2011, les religieux et le gouvernement appliquent la loi contre la sodomie à la lettre. N’hésitant pas à emprisonner les homos sur simple dénonciation. Mon propre avocat a été enfermé plusieurs mois l’an dernier pour cela. Il est, comme par hasard le président d’un parti laïque. Ce que je regrette aujourd’hui c’est l’hypocrisie qui perdure en Tunisie, notamment à travers cette nouvelle Constitution. Le danger c’est ce qui fait référence en filigrane à des lois musulmanes archaïques, encourageant l’aliénation de la femme et se mêlant de la vie privée, en condamnant, par exemple, toujours la sodomie.

– La communauté internationale évoque plutôt une Constitution et un gouvernement de transition progressistes?
– C’est un leurre. Oui, des choses bougent, la société tunisienne avance, mais fondamentalement, rien ne change, pour l’instant en tout cas. Des libertés oui, mais il y a des limites! Et ces limites ce sont les islamistes qui les posent. C’est un peu le paradoxe de la révolution. A la chute de Ben Ali le peuple a obtenu la liberté de parole, mais elle a libéré aussi la parole islamiste, xénophobe, raciste, nationaliste. Avant, le pouvoir censurait. Aujourd’hui on a un gouvernement, composé majoritairement de tous ces extrêmes, qui ne représente pas tous les Tunisiens. Pourtant, je suis malgré tout confiante dans le peuple tunisien pour que dans ce pays émerge une société moderne, progressiste et tolérante. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Les Tunisiens ne resteront pas sous l’emprise des islamistes. C’est une transition.

BIO

Nadia El Fani est née en 1960 dans une famille d’intellectuels tunisiens. Son père est tunisien et militant communiste et sa mère française. Elle démarre dans le cinéma en 1982 comme assistante de Polanski, Goupil ou Zeffirelli, avant d’ouvrir sa propre société de production Z’yeux Noirs Movies en 1990. Mère d’une fille de 23 ans, elle s’installe à Paris en 2002. Depuis, elle a réalisé plusieurs films documentaires ou de fiction, cumulé les prix et récompenses, dont le Grand Prix International de la Laïcité (Paris 2011) et le Sceaux de la Paix, prix de la ville de Florence (2013).

FILMOGRAPHIE
2013 Nos seins nos armes Film réalisé avec l’essayiste française Caroline Fourest sur les Femen.
2012 Même Pas mal Une réponse cinématographique à la campagne de haine qu’elle a subi de la part des extrémistes islamistes qu’elle compare à sa lutte contre le cancer.
2011 Laïcité In ch’Allah! Une photographie de la société tunisienne et de ses paradoxes, réalisée à quelques heures de la révolution.
2008 Ouled Lenine Documentaire consacré à son père, dirigeant du Parti Communiste en Tunisie après l’indépendance.
2005 Unissez-vous, il n’est jamais trop tard Une rencontre improbable entre un travailleur immigré retraité et une française particulière, dans un cimetière.
2003 Bedwin Hacker Long métrage clairvoyant qui annonçait que la contestation dans les pays arabes passerait par Internet

360 ch

Maroc: Médias et sexualité. Libres, mais pas trop

Médias et sexualité. Libres, mais pas trop
Crédit photo : DR

L'attrait des médias pour les thématiques traitant de la sexualité est l'un des principaux marqueurs de transition. Dans la presse écrite, les féminins sont devenus de véritables prescripteurs, via les rubriques «sexo», proposées par exemple par Illiou Femmes du Maroc. Sur les ondes, Hit Radio diffuse depuis 2011, tous les soirs du lundi au jeudi, l'émission interactiveOn t'écoute. Aux commandes, le sexologue et coach Doc Samad, qui répond aux questions des jeunes auditeurs. Le ton est relativement libre, « bien qu'il y ait des lignes rouges à ne pas dépasser », concède Samad Benalla, qui ne peut évoquer certaines pratiques sur les ondes. « Il ne s'agit pas de répandre un message ou des pratiques venus d'ailleurs », plaide-t-il. Il considère que, dans son cas, il « applique à notre pays, le Maroc, un savoir en matière de questions sexuelles, pour une démarche pédagogique ». Signe des temps, même le petit écran commence à être gagné par la question : le sexologue intervient dans une petite rubrique mensuelle, « le dossier médical de Doc Samad », diffusée dans le cadre de l'émission pour jeunes Ajial, sur 2M. Reste qu'à la télévision, le doc doit s'en tenir à des questions de santé. « La télévision reste la citadelle imprenable », concède le sexologue Aboubakr Harakat, qui répond à des questions touchant à la sexualité sur Atlantic.

Tel Quel

En Algérie, l'éclosion du mouvement LGBT

En Algérie, l'éclosion du mouvement LGBT (Alouen)

Face au déni et à la répression, les homosexuel(le)s algérien(ne)s s’organisent en marge de la société, investissant Internet pour libérer la parole et conquérir un début de visibilité. Dans la difficulté.

« Mes parents ont rapidement essayé de me "viriliser", explique Nabil [1], accoudé à la table d’une terrasse d’un hôtel huppé, planté sur les hauteurs d’Alger. Petit, mon père promettait de m’offrir une pièce de dix dinars et un paquet de bonbons si j’allais jouer au football avec les autres garçons. J’allais mordre la poussière juste pour avoir mon dû, se remémore le trentenaire rigolard. Et puis ils ont fini par me forcer à rester à l’intérieur du foyer, pour ne pas leur foutre ’’la chouma’’. »

Très longtemps, la famille de Nabil est restée dans « le déni absolu ». Et puis, il y a eu la « révélation », « le clash » et la rupture. Après des années de mensonges, de justifications bricolées dans l’urgence, Nabil a avoué à ses parents son homosexualité. Il a dû quitter le foyer, trimbaler quelques mois de galère avant de se réconcilier avec les siens. « Une exception algérienne », insiste-t-il. Bien souvent, les autres peuvent tirer un trait sur leurs proches. Depuis sept ans, Nabil mène, avec une vingtaine d’autres activistes, la lutte pour la reconnaissance des droits LGBT. Un travail associatif et militant périlleux dans un pays où les normes sociales et religieuses incriminent toute pratique sexuelle hors mariage, et où l’homosexualité reste un délit sévèrement puni par la loi. Jusqu’à trois ans de prison.

« L’homosexuel(le) algérien(ne) n’est pas un militant »

Encore jeune, le mouvement, articulé autour de deux groupes très actifs, commence pourtant à prendre de l’ampleur. Sur la toile depuis 2007 et 2011, Abu Nawas, du nom du poète arabe classique connu pour son amour des deux sexes et Alouen("couleur") offrent aux lesbiennes, homos ou trans de tout le pays, un espace d’échanges, une oreille attentive, et une présence symbolique. Pour autant, les militants d’Alouen restent réticents à l’idée de se baptiser comme un "mouvement" représentant la "communauté" des homosexuel-les d’Algérie.« Il y a bien une communauté LGBT, mais elle se restreint à un groupe de militants identifiés pour la plupart », analyse Lamia,commerciale à Alger, très active au sein de l’association Alouen. Pour parler de communauté, s’emporte la jeune femme, il faudrait que les Algériens ne se voilent pas la face sur leurs propres pratiques homosexuelles. »

Dans une société frappée par la frustration, où les échanges amoureux les plus fondamentaux sont entravés par l’absence de lieux de rencontre et d’espaces dédiés aux loisirs, ainsi que l’interdiction du sexe hors mariage, où le contrôle social pénètre jusque dans la chambre à coucher, la relation homosexuelle est souvent appréhendée comme un exutoire. « Une compensation » que l’on tait. « Ils disent qu’ils veulent juste prendre leur pied, "se faire un cul", parce qu’ils n’ont pas le choix , explique Lamia qui évoque ces "hétéros actifs", parfois homos mais qui ne se l’avoueront jamais. »

Face à la pression des proches et l’injonction au mariage, même les homosexuel(le)s convaincus finiront par épouser le sexe opposé. « L’homosexuel(le) algérien(ne) n’est pas un militant, il s’accommode bien de la réalité pour mener sa vie en cachette, jusqu’à ce que les obligations le rattrapent. »

La lutte pour la visibilité, un combat d’abord virtuel

Dans ce contexte, la mobilisation des LGBT algériens se concentre d’avantage sur "l’acceptation de soi" plus que sur le changement institutionnel ou juridique. Et pour adapter son répertoire d’actions à une société conservatrice, il a fallu emprunter des chemins de traverse. « Par obligation », le militantisme s’est déplacé sur un tout autre terrain : celui du web. Avec la mise en place de forums de rencontres ou sa radio participative, la communauté a réussi à pallier l’absence de cafés ou de bars gay friendly pour faire interagir les homos de l’Algérie profonde et citadine. « Il ne reste qu’un pas à franchir, pour celui ou celle qui se sent mal dans sa peau et qui cherche des réponses. Trois petites lettres à taper, ou un mot un peu tabou, sur le clavier d’un cyber. C’est l’étape la plus dure mais la plus importante », raconte la militante algéroise.

Mais les actions sur le Net ont une autre cible, les relais d’opinion comme les médias, qui évoquent chaque année la situation des LGBT dans le pays, à l’occasion du TENTEN, la journée de célébration initiée par l’association Abu Nawas. Persuadés que« la rue se gagne en amont », les activistes savent surtout que l’engagement virtuel est une nécessité de sécurité. « À quoi bon sortir avec nos drapeaux multicolores si ce n’est pour se faire lyncher ? », questionne faussement une figure du mouvement. Zak Ostmane en sait quelque chose. Depuis qu’il a fait son coming out en public, le blogueur algérois ne quitte plus son sac de voyage. Menacé de mort, il doit changer de toit tous les soirs. Sa photo a circulé sur Internet et sur Facebook, une page a même été créée pour lancer une fatwa à son encontre.

Face aux menaces qui pèsent sur eux, les militants LGBT savent que le combat pour la visibilité est une lame à double tranchant qu’il faut manier avec prudence. « Pour le moment, le pouvoir nous laisse tranquille, mais si on commençait à les titiller en exigeant le changement de la loi, il saurait s’y prendre », raconte, inquiet, Nabil. Qui conclut : « Il sait utiliser "le péril homo" pour galvaniser la plèbe. Et là ce n’est pas des forces de sécurité qu’il faudrait se méfier, mais du peuple lui-même. »

Notes

[1] En raison des menaces proférées à l’encontre des membres de la communauté LGBT, nos intervenants ont préféré donner un prénom d’emprunt.


regards.fr

Les pays africains qu'il vaut mieux éviter si vous êtes gay

Une homophobie d'Etat s'installe en Afrique © Amnesty International

Amnesty International dénonce une montée de l'homophobie orchestrée par les Etats.

La cote d’alerte de l’homophobie est atteinte sur le continent africain. Dans un rapport publié ce 25 juin 2013, Amnesty International pointe du doigt la montée des agressions, emprisonnements et crimes dont sont victimes les personnes homosexuelles et transsexuelles en Afrique.

Ces actes dont les auteurs ne se cachent plus, et dont un certain nombre semblent d’ailleurs se vanter, sont soutenus par des législations que les Etats ne sont pas disposés à faire évoluer.

C’est ce que souligne le rapport d’Amnesty International intitulé «Quand aimer devient un crime». L’organisation de défense des droits de l’homme fait savoir que l’homophobie en Afrique a atteint un niveau plus que dangereux. Et si elle est le résultat de comportements individuels, l’homophobie se présente surtout comme un système orchestré à un niveau plus institutionnel par les Etats. En somme, une homophobie d’Etat. Le mot est lâché.

Dans son rapport, Amnesty International dresse une situation sombre, voire désespérante. Des agressions et des viols de plus en plus en visibles, des arrestations et des emprisonnements à tour de bras, souvent sur la base de dénonciations calomnieuses, des condamnations à mort, des crimes aussi. Même en Afrique du Sud, dont on imagine à tort qu’elle est l’eden des homosexuels du continent.

Tableau noir

En effet, la nation Arc-en-ciel est le seul pays africain où l’homosexualité est légale et où le mariage pour les personnes de même sexe est autorisé. Pourtant, rappelle Amnesty International, cette liberté est relativisée par les nombreuses agressions dont sont fréquemment victimes les homosexuels. Entre juin et novembre 2012, au moins sept personnes dont cinq lesbiennes, ont ainsi été tuées en Afrique du Sud.

Dans l’analyse que fait Amnesty du cas spécifique sud-africain, on trouve une forme d’inertie des autorités. Les agressions et les crimes à l’encontre des personnes lesbiennes, bi, gai et transsexuels tardent souvent à être punis.

De manière plus générale, l’homosexualité est toujours illégale et criminalisée dans 38 pays sur les 54 que compte que le continent. Et parmi eux, il y en qu’il vaut mieux franchement éviter si vous êtes gay.

En Mauritanie, au Soudan et en Somalie, vous risquez carrément la peine la peine de mort. Ces cinq dernières années, le Soudan du Sud, le Burundi, le Liberia, le Nigeria et l’Ouganda ont durci leur législation contre les homosexuels. L’Ouganda tente, par exemple, depuis 2009 de faire voter sa fameuse «Anti-Homosexuality bill» qui prévoit la peine capitale pour «homosexualité aggravée» et des peines de prison pour quiconque n’aurait pas dénoncé un homosexuel dans leur entourage. Cet exemple, à lui tout seul, illustre ce que Amnesty International qualifie de véritable homophobie d’Etat.

Héritage colonial

Ces lois liberticides confortent les populations dans l’idée que les homosexuels et les transgenres sont des criminels ou en tout cas des personnes à abattre.

Le problème étant en plus que la majeure partie des dispositions juridiques de ces Etats en la matière ont été héritées de la colonisation. Dans son rapport Amnesty International suggère aussi l’idée que cette homophobie rampante en Afrique serait financée et favorisée par des groupes religieux adventistes américains.

Espoirs fragiles

Il existe tout de même des raisons d’espérer. Avec notamment l’émergence de nombreuses associations de défense des droits des homosexuels et la reconnaissance internationale de certains activistes LGBTI, malgré les menaces dont ceux-ci sont l’objet dans leurs pays.

Pour Amnesty International, même s’ils sont encore insuffisants, les progrès que font le Cap-Vert, l’île Maurice, le Kenya ou les Seychelles pour décriminaliser l’homosexualité sont à encourager.

Pour lui donner une force et une cohérence et surtout pour que cela fasse tâche d’huile, ce travail de dédiabolisation doit être pris très au sérieux d’abord par la commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Amnesty l’appelle à jouer, enfin, son rôle de protection des droits et des libertés de tous les Africains, y compris ceux des LGBT. Mais, bien évidemment, cela passe d’abord par l’abrogation de toutes les lois homophobes en Afrique. En matière de liberté, il n’ y a pas de vœu pieu.

Raoul Mbog

Merhaba Belgique: "Nous manquons de modèles de musulmans homosexuels"


Merhaba représente la communauté LGBTQI du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Merhaba, lancée en 2002, représente les gays, les lesbiennes, les bisexuel(le)s, les transsexuel (le)s, les queers et les intersexes issus du Maghreb, de Turquie, du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne. En moyenne, une centaine de personnes font appel à l’association chaque année. Le plus jeune a seulement 16 ans et le plus âgé a 60 ans.

"Certaines personnes de notre public ne se reconnaissent pas dans les mouvements déjà existants", résume Mya, membre du conseil d’administration de l’association. "Ils pointent un manque de respect de leur identité et en ont assez d’être vus comme un produit exotique."

Certains membres de l’association sont des étrangers, dont une minorité a dû fuir les violences homophobes. Les membres de l’association sont en majorité des musulmans, mais s’y retrouvent également des athées, des agnostiques et des croyants d’autres religions. Pour les membres, il s’agit en général de "concilier foi et orientation sexuelle. C’est souvent problématique lorsque les textes sont pris littéralement sans références contextuelles".

Pour ce faire, l’association organise des soirées MerhaBar, avec gâteaux et échanges en toute sécurité. Mais aussi des ateliers afin de faire changer les mentalités, d’autant que "notre public souffre déjà du racisme et de l’islamophobie".

"Chez nous, nous sommes confrontés à un poids culturel qui, souvent, ne permet pas le coming out. Il y a une très forte identité de genre : les rôles joués par les hommes et les femmes sont très définis."

Pour Mya, l’homosexualité n’est pas incompatible avec la religion. "Nous aidons à dépasser ce qui est prohibitif dans les religions : c’est avant tout un message de paix. Il y a des imams très ouverts. Certains imams ont fait leur coming out en Europe, aux États-Unis et en Afrique du Sud."

"Nous manquons de modèles d’homosexuels musulmans", mais le coming out n’est pas encouragé par l’association. "Si la personne est à l’aise et si elle en a besoin, pourquoi pas ? Mais nous ne participons pas à la Gay Pride, par exemple."


dhnet

 

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